Rance Mékong Garonne, Bienvenue
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LA GAZETTE DE XUYEN MOC.
Le Petit Journal non illustré qui vous emmène là où même les moustiques sont au courant !
Philippe Normand (May 2026
« Vous aimez les pauvres ? » Euh oui même si nous aimerions qu’ils soient moins nombreux sur la planète. « Vous voulez voir des pauvres ? » Nous n’avons rien contre. « C’est que je connais beaucoup de pauvres ! » Tant que ça ? Et où sont-ils ? « A Xuyen Moc ».
Et c’est ainsi que Marthe Linh nous entraîne vers un quartier de la petite ville de Xuyen Moc à 160 km de Saïgon, au Sud Est du Viet Nam vers le Cap Saint Jacques.
C’est Naguère, en 1992.
Marthe Linh, une petite bonne femme de 1m50, 35 kg toute habillée d’une tunique en coton, longue, marron qui recouvre un pantalon de satin noir brillant. Son visage ? On ne voit que son sourire malicieux et ses yeux noirs brillants d’intelligence.
Elle a loué les services d’un chauffeur et d’une voiture ou plutôt d’une voiture et son chauffeur. Car le chauffeur fait corps et âme avec son véhicule. Une limousine Zil, large, longue, banquette avant et arrière quatre places, noire, rutilante, vitres fumées personne ne peut voir à l’intérieur qui est qui. Une pure voiture soviétique. D’ailleurs à l’extérieur il y a l’emplacement pour glisser le fanion soviétique et vietnamien et ainsi jouer aux officiels !
Une fois embarqués le chauffeur visage impassible, impavide, muet, regard hagard rivé sur la route, collé à son volant démarre sans regarder s’il gêne ou pas. La route déjà lui appartient !
Nous sentons que le voyage ne sera pas de tout repos.
Il conduit à « tombeau ouvert ». Nous apprenons à connaître le sens de cette expression, tout comme celle de « rouler à toute berzingue », « à brides abattues », « ventre à terre ». Il double quand il ne faut pas. Se rabat quand il ne peut pas. Son pied est comme scotché sur l’accélérateur et semble ignorer où se trouve la pédale de frein. La Zil est très aérostable. Nous suivons les mouvements de la voiture. Nous sommes dans un shaker. Notre estomac, très rapidement en subit les conséquences.
Marthe Linh où est-elle ? Devant. Si petite qu’on ne la voit pas. Si petite que son regard ne plonge que dans la boîte à gants. Si sensible de l’estomac ! Sa peau vire peu à peu au vert de peur, au blanc exsangue, au rouge d’explosion de tout ce qu’elle a dans les entrailles depuis sa naissance qui d’un coup part par la fenêtre ouverte. Nous refermons dare-dare la nôtre afin d’éviter que les turbulences ne rabattent sur nous les composants de son estomac.
Dans ce road-movie épique qui fait penser qu’on fuit une escouade de policiers à nos trousses après un mauvais coup, quelques moments de répit. Le passage des bacs sur le Mékong !
Le premier. On assiste à l’embarquement infructueux d’un buffle. Le propriétaire a pourtant passé une longe dans l’anneau placé dans le museau de cette masse de muscles. Mais rien n’y fait. Viennent à la rescousse trois personnes qui poussent par derrière, tire par la queue, le propriétaire tire par devant, le buffle freine des quatre sabots, lui si placide ! Bien que poussé, tiré à hue et à dia, le buffle et son propriétaire restent à quai et nous nous éloignons d’eux, dépités. Seul le buffle, vainqueur, redresse fièrement la tête. Ils monteront, peut-être, sur le prochain bac.
Sur le second bac, nous sommes au milieu de paysannes qui vont au marché local, sur l’autre rive du Mékong. Certaines avec des légumes, d’autres avec des volailles. Canards tenus par les pattes, accrochés la tête en bas, par grappe, au guidon du vélo. Poulets dans des casiers en osier. On assiste au manège de la paysanne qui coince un poulet entre ses cuisses, sort de gros morceaux de gras et les enfourne dans le gosier du poulet. A la vente il pèsera plus lourd. A la cuisson il ne restera qu’un poulet racorni !
Et on arrive tant bien que mal Ă  Xuyen Moc.

Mariphil Normand 25 Mai 2026


Le saviez-vous ?

Les baguettes !

Pour la dextérité… c’est chacun pour soi !
Mais au Vietnam, l’extrémité la plus fine c’est pour manger et la plus épaisse pour se servir !
Attention de ne jamais planter vos baguettes dans le bol de riz… cela représente la mort.

Catherine Le Gall






Réactions

Thursday 28 May 2026 - 13:21:37 - M. & Mme Vattement Véronique et jean
Si tous les épisodes sont aussi piquants , pleins de verve et d'humour que celui-ci , on en redemande ! Tout y est les images se dessinent tout de suite dans l'esprit quand tu écris et décris cette genèse de votre grande aventure de 1992 ( c'était naguère...) qui a préludé à RMG d'aujourd'hui. On attend la suite de cette chronique . Bravo et merci . Véro et Jean de Dinan
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