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LA GAZETTE DE XUYEN MOC N° 2
Le Petit Journal non illustré qui vous emmène là où même les moustiques sont au courant !
Philippe Normand (June 2026
Aujourd'hui aller à Xuyên Mộc est relativement simple et rapide.
Il n'y a plus de bacs à passer. Ils ont été remplacés par des ponts et une "autoroute" a été aménagée. Une "sorte d'autoroute", car il n'y a pas de glissière de sécurité et par endroits on peut faire demi-tour. Cette "autoroute" est récente et s'est révélée nécessaire car elle conduit à Vung Tau, le Cap Saint Jacques, la station balnéaire des Saïgonnais.
Et puis, il y a Quoc.
Qui est-il ? C'est le père d'une jeune fille parrainée.
Quoc est né en 1987. Il fait très jeune. Mais les Vietnamiens font toujours jeunes. Quoc le fait plus que d'autres !
Il est marié à Tam depuis 2012. Cela fait donc 14 ans. Ils forment tous les deux un beau petit couple, heureux d'autant qu'ils ont deux enfants. Le choix du roi.
L'aînée, Hoàng Kim née en 2013. Elle est en 4 ème de collège. Elle chante et dessine admirablement.
Le cadet, un garçon Trung Hieu. Il est né en 2019 et sera en CE1 l'année prochaine.
Tam va tous les jours travailler à la campagne où ils ont un terrain sur lequel elle cultive des légumes qu'elle vend sur le marché et élève des porcs.
Lui, tient avec son frère une boutique de photocopies. Les trois machines se trouvent dans l'entrée de la maison. Mais il est en même temps et surtout chauffeur. Il conduit une voiture que lui prête un oncle ce qui explique qu'il soit très prudent dans sa conduite. S'il était arrêté, cette situation lui vaudrait quelques problèmes.
Il est très dévoué et rend nombre de services. En particulier, il vient, si on le prévient, chercher la ou les personnes de RMG à l'aéroport.
Et en route vers Xuyên Mộc où, sachant où se trouvent les familles de nos filleuls, il conduit les missionnés à la bonne adresse.

Sortir de Saïgon n'est pas une mince affaire. La ville est devenue tentaculaire. Les terrains sont de plus en plus occupés par des immeubles d'habitation, des cottages, de belles résidences dans l'ensemble. Ces logements s'adressent aux Saigonnais fortunés. Leur "fortune" vient de leur travail dû à leurs études dans la finance, le tourisme, le commerce, le développement d'une start-up. Mais aussi de l'héritage qu'ils ont fait de leurs parents, souvent maison, terrain qu'ils s'empressent de vendre à des promoteurs; ou bien encore des affaires illicites.
Ainsi, les rizières ont-elles laissé leur place à des tours, des routes, autoroutes qui se tricotent entre elles.
Il faut être excellent conducteur comme Quoc pour se sortir de cet imbroglio sachant que la conduite vietnamienne n'a rien à voir avec la conduite française ! On peut faire demi-tour sur l'autoroute pour se retrouver dans l'autre sens et prendre une route transversale qui se trouve de l'autre côté !
Mais même si la conduite reste anarchique, le temps du n'importe quoi est révolu. La police routière est présente et bien visible. Les radars existent y compris à tous les feux tricolores. L'arrestation est immédiate avec amende très forte à payer sur le champ au risque de se voir confisquer le véhicule. Ne parlons pas du permis de conduire qui est suspendu. Véhicule, mobylette peuvent être confisqués pendant deux ou trois ans avec obligation de payer à la police une somme mensuelle. Au bout du délai le contrevenant vient récupérer son engin en payant une somme rondelette. S'il ne peut pas payer l'engin reste aux mains de la police ad vitam æternam.
Dans le cas d'un accident corporel le mis en cause doit payer, à vie, un dédommagement au blessé. Le délit de fuite maintenant est gravement puni. On disait, naguère, qu'il valait mieux que l'accidenté soit mort. Ainsi celui qui avait provoqué la mort n'avait que les frais d'enterrement à régler.
Il est fini également le temps où on pouvait, disait-on, achever le blessé en revenant sur ses pas et l'écraser !
Il ne faut pas oublier qu'au Vietnam la peine de mort existe encore.
Elle est exécutoire pour crimes mais aussi pour des délits financiers majeurs. Le dernier en date, la femme d'affaires Truong My Lan condamnée à mort pour avoir organisé une fraude de 27 milliards de dollars. Mais très récemment sa peine a été commuée en prison à vie.
Quoc quitte l'autoroute, peut-être parce que les contrôles y sont fréquents. Il emprunte une route de traverse, moins fréquentée qui passe au milieu des champs. Rizières, hévéas, petits villages, buffles au travail se succèdent. La route est cahotique à souhait et les ornières sont parfois des nids d'éléphant que Quoc évite avec maestria. Il faut qu'il fasse attention aux chiens errants qui peuvent se jeter sous ses roues, aux fossés profonds lorsqu'il croise une charrette tirée par un zébu dont la bosse oscille au rythme lent de son pas. Le zébu sait où il va. Il nous regarde passer sans changer de cap. Le paysan suit son animal au pas de sénateur.
De tournant en tournant, de champ en champ, de cahot en cahot nous arrivons à Xuyên Mộc.
C'est une petite ville de 25 000 habitants. Le quartier où se trouvent nos filleuls est à l'extérieur de la ville. Ici, il n'y a rien. Ce qui nous a fait toujours dire "le village de Xuyên Mộc". Aucune boutique. Aucune attraction. Que des champs. Que des maisons, ou ce qui y ressemble. Pour certaines ce sont de vraies masures.
Pas de rizières. Ici le terrain ne s'y prête guère. On est près de la mer et la terre est peut-être trop saline. On trouve surtout des cultures de longaniers, d'anacardiers, de pitayas, de poivriers. Ces derniers poussent sur des tuteurs faits de poteaux en bois ou en briques. A la saison les grains verts sont cueillis et mis à sécher sur des bâches étendues sur la chaussée, devant la maison. C'est là, sous le soleil qu'ils prennent leur teinte du noir au crème puisqu'il y a deux voire trois types de poivre. Les véhicules font très attention à ne pas rouler sur le poivre séchant.
Aucun parent de nos filleuls n'est propriétaire. Ce sont des journaliers au service de gros propriétaires qui sont à Saïgon. à Hanoï voire à Xuyên Mộc même. Journaliers !? Ils sont payés en fonction de leur temps de travail. S'ils travaillent, il touche un salaire. S'ils ne travaillent pas ils n'ont rien. Il n'y a pas d'assurance chômage. Pas d'assurance accident de travail. Ce qui fait qu'en cas d'accident c'est un des enfants qui remplace l'accidenté et peut suspendre voire arrêter ses études. RMG peut alors venir en aide à la famille.
Mais le parrainage sert exclusivement aux études des enfants parrainés.
Quoc nous amène directement chez Anna Vo.
Nous retrouvons notre Anna.

Mariphil Normand le 13 Juin 2026

Le saviez-vous?

Une histoire d'accent

Au Vietnam, ce qui compte ce sont les accents. Placés différemment sur un mot écrit de la même façon, le mot signifiera tout autre chose. Exemple....
* ma : fantôme / esprit

* mà : mais / que / lequel (particule grammaticale)

* má : joue / maman (familier, surtout dans le sud du Vietnam)

* mả : tombe / tombeau

* mã : code / cheval / symbole (selon le contexte)

* mạ : jeune riz / repiquage du riz/ plaqué (ex: plaqué d'or)
Donc... attention à votre prononciation.
Catherine Le Gall
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Normand Philippe
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